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Monday, February 6, 2012

Red blue chair, Rietveld



Une icone du mouvement De Stilj, la chaise rouge bleue a été réalisée par Rietveld en 1917.

La chaise est exposée au MOMA à New York, on peut aussi la commander sur internet (très chère), ou la réaliser soi-meme pour les bricoleurs (plans en ligne), voire la faire fabriquer en Inde... Et voila, nous avons notre propre chaise de Rietveld à la maison !

Moi qui m'étais toujours demandée si la chaise était confortable en la voyant exposée, j'ai ma réponse..

Sunday, October 31, 2010

Wait Wait

Parmi les souvenirs que j'ai ramené des Etats Unis, outre beaucoup de bons souvenirs, il y a aussi quelques habitudes culturelles : lire le new york times et ecouter des podcasts de national public radio. Tout cela est bien loin des tea parties dont l'on entend parler actuellement, mais c'est fort heureusement aussi cela les Etats Unis.

Wait wait don't tell me est une émission phare de NPR, un quizz hebdomadaire humouristique sur l'actualité - y compris politique - animé par Peter Sagall et Carl Kassel. Difficile à décrire aussi vaut-il mieux ecouter... ou lire des extraits !

Michael Pollan, author of the Omnivore's dilemna, was a guest on the 'not my job' segment of Wait wait don't tell me of april 2009. As Peter Sagall describes it, a moment when he invites interesting
people on to ask them about not so interesting things. Michael Pollan was actually taken on by Paula Poundstone in this segment.

Michael Pollan : We're very confused about food, which is weird. Which other species needs experts to tell it what to eat?
Paula Poundstone : well, i can't tell you how many times i've had to tell my dog to get his head out of the garbage can, so..
Peter Sagall : allright, so what should we be eating?
Michael : Food.. But it's very hard for us actually to really know what food is because there are all these edible foods like substances now that compete with food in the supermarket. So one of the goal is to help
people distinguish between the two.
Paula : ok, but let me ask you something. One of the things that has made my life worth living is Ring Dings [ndlr : picture here, yuk] and I feel that it is food. Are you gonna tell me that's not food?
Michael : there's a few simple tests to figure out if a ring ding is food or not. One of them is : how many ingredients does a ring ding have?
Peter : food cake, one. A creamy filling, two. And a rich chocolate outer coating. What's the matter with you?
Michael : I think I would look at the package next time. Creamy, creamy is not cream.
Paula : C R E A M Y. Creamy. What the hell is the matter with you?
Michael : but, but there are special occasions foods. And a ring ding..
Paula : which special occasions? I said it's what makes my life worth living. Are you suggesting I save it for one day a year?
Michael : i wouldn't want to deprive you.
Paula : so, you may know a lot about food but you don't know the first thing about living, buddy.
Peter : hold on, I actually wanted to ask you that. You've become this hero of the wholefoods, local foods, real foods movement. Is that a burden? I mean, if you ever want to eat a cheeseburger, do you have to
go hide somewhere? ...
à écouter

Incidemment, j'avais lu avec beaucoup d'intérêt The omnisvore's dilemna il y a trois ans, et nous avions visité une ferme recommandée par Michael Pollan dans la Shenandoah valley avec Emeline et Thomas.

Un de mes grands regrets est de ne pas être allée voir un enregistrement en direct de Wait wait don't tell me, habituellement enregistré à Chicago, au Lisner auditorium à Washington pendant que nous étions sur place.

Un autre extrait, de l'émission du 17 juillet.
Il convient de se rappeler que Bristol Palin est la fille de Sara Palin, ex co-candidate de John Mc Cain aux élections présidentielles américaines, et championne des valeurs traditionnelles américaines. Oh, et Bristol est tombée enceinte à 17 ans du tombeur du lycée Levi peu avant la campagne présidentielle. Cela n'a pas semblé déranger le moins du monde les électeurs conservateurs. Go figure.

Peter Sagal : We want to remind everybody they can join us here most weeks at the Chase Bank Auditorium. For tickets and more information, go to chicagopublicradio.org, where you can find a link at our website, waitwait.npr.org.

Right now, panel, it's time for you to answer some questions about this week's news.

Charlie, the New York Times reported on British Petroleum's long history of safety violations. It turns out they've been blowing stuff up for decades. But the company insists that safety is now job one. In fact, the CEO, Tony Hayward, recently instituted a rule preventing employees at BP from doing what?

Charlie Pierce : Dating Bristol Palin.

Peter : That's...

Mo Rocca : The other BP.

Kyrie OConnor : The other safe one.

Mo : Listen, listen, British Petroleum is an evil BP. Bristol Palin is a kind of a fun, distracting, silly BP.

Peter : That's true.

Charlie : And both involved in drilling in their own way.

Mo : All right, yes. And yes, but it's not Bristol's fault that the cap wasn't kept on the well. That was...

Mo : That's Levi's.

Peter : No, it has nothing to do with Bristol Palin. This goes back to the Grande French Roast spill of '07.

Charlie : What? No more coffee?

Peter : Well, close.

Charlie : I mean no more drinking at, like, your terminal and stuff.

Peter : You're close enough. You're not allowed to walk down the hallway carrying hot coffee.

Charlie : Walk down the hallway?

Peter : Yes. That's what they say.

When Tony Hayward took the reins of BP in 2007, he pledged to fix the company's safety problems, and priority number one was avoiding unpleasant coffee burns. Priority number 400, not ruining the world.

So at BP, many hallways at their headquarters have a sign imploring employees not to walk and carry coffee at the same time. Workplace hot beverage-related incidents are way down. So following the success of that coffee safety plan, crews are now posting signs on all their deepwater wells, saying, please do not spill all the oil into the ocean.


J'écoute aussi fidèlement This american life ; le ton en est peu humouristique et le contenu très inégal, mais avec souvent de passionantes histoires à découvrir.
Le concept est simple : un thème à chaque émission, et une série d'histoires enregistrées autour de ce thème. Quelques favoris :
- 81 words, the story of how the American Psychiatric Association decided in 1973 that homosexuality was no longer a mental illness, as recounted by the grand son of a psychiatrist leading the APA at the time who also was a closeted gay.
- My pen pal, the story a ten-year-old girl from small town Michigan named Sarah York, and how she became pen pals with a man who was considered an enemy of the United States, a dictator, a drug trafficker, and a murderer: Manuel Noriega.

- NUMMI tells the story of one of the worst car plants in America, how it became the best GM plant thanks to a joint venture to Toyota, and how GM didn't implement the lesson of Nummi accross the company.
-The giant pool of money, or the housing crisis explained.

- Scenes from a recession, act two, joins Federal Deposit Insurance Corporation taking over a failed bank over a single week end. An impressive secret operation.

Incidemment les émissions de This american life sont beaucoup plus faciles à comprendre pour les non-native speakers que Wait wait.

Nous n'avons pas l'équivalent de ces émissions en France, ce qui n'est pas pour dire que nous n'avons pas de bonnes émissions. Je suis ainsi également fidèlement auditrice du Masque et la plume sur France inter, l'émission hebdomadaire sur le cinéma, les livres, le théatre animée par Jerome Garcin. Outre que le Masque est intéressant à écouter, il peut lui aussi être très drole.

- extrait de l'emission du 8 aout 2010, au cours de laquelle les chroniqueurs ont largement ereinté le film d'arts martiaux/ science fiction 'Le dernier maitre de l'air' de Night Shyamalan.

Jerome garcin : Le dernier maître de l'air de Night Shyamalan. Je dis la vérité : je ne suis pas resté jusqu'au bout de ce film. Mais peut être ai-je eu tort, vous allez me le dire.
Eric Neuhoff (Figaro) : il faudrait vraiment faire quelque chose. A mon avis, on doit alerter la Ddass a cause de ce film parceque Shyamalan a dit qu'il avait fait ça pour ses enfants et que cela relève de la maltraitance ce truc-la. J'avoue que j'ai fait comme toi. Il y a la nation de l'air, la nation de l'eau. Pour la terre et le feu, je suis parti avant. C'est un film d'une laideur, d'une bêtise... en plus on vous affuble de lunettes 3D et il n'y a aucun relief. Elles doivent etre la pour cacher l'assoupissement du spectateur. C'est d'une tristesse, d'une mocheté.. la pellicule est trempee dans le pastis, c'est jaunasse.. C'est vraiment un des pires films que j'ai vu cette année.
Xavier Leherpeur (Studio-cinelive) : c'est dommage que vous soyez partis avant la fin parce ce que vous auriez eu la très mauvaise surprise du film, enfin une supplémentaire : c'est que c'est en fait la première partie d'une tri ou voire tétralogie.
Jérome: non
Xavier: ah oui, il faut savoir de quoi on parle messieurs quand même. Quand vous avez vu au début du film 'chapitre 1: eau', eh bien cela n'est que le chapitre 1. Comme il domine déjà l'air, je pense qu'il reste la terre et le feu.
Eric : et c'est du vent.
Xavier : si le film ne s'ecrase pas au box office comme il est parti pour le faire, il aura encore deux parties.
Eric : il a combien d'enfants?
Xavier : je ne sais pas. Mais tu souleves quelque chose d'extremement intéressant, Eric : il faut que les cinéastes arrêtent de faire des films pour leurs enfants. Qu'ils fassent des films pour le public, ce sera déjà pas si mal.
Jérome : ou pour leurs parents.
Xavier : pour moi, Shyamalan de toute façon... déjà le Sixième sens je n'avais pas marche. C'est mon cote étudiant en médecine. Je ne vais pas vous raconter ma vie..
Jérome : parce que Xavier etait etudiant en medecine.
Eric : on a eu chaud
Xavier: je ne vous raconte pas ma vie, mais c'est vrai que j'ai malheureusement commis ça. J'ai arrête en début de cinquième année. Heureusement d'ailleurs. Donc, pour moi un film qui s'ouvre sur un type qui se prend une balle en plein ventre et qui trois mois après est assis sur un banc, ce n'est pas possible. Chirurgicalement, il a à être refait. S'il est assis sur un banc et qu'il va bien, c'est qu'il est mort.
Jérome : ca ne doit pas etre bien de voir les films quand on est médecin.
Xavier : depuis, c'est vrai que je ne suis pas très accro. J'ai beaucoup ri au Dernier phénomène, je lui dois des eclats de rire. Ces gens qui regardaient des branches d'arbres secouées par une petite brise et qui faisaient 'les arbres nous attaquent, nous allons tous mourir' moi, ça me mettait en joie tellement je trouvais cela idiot et ridicule.
Jérome: parce que avant tu travaillais aussi aux jardins de Paris
Xavier : j'ai fait la météo, j'ai tout fait. C'est vrai que j'allais voir Le dernier maître de l'air - c'est de l'air, c'est ça? -avec une indifférence que je confesse. C'est très méchant de ma part. Ceci mis a part, la série est plutôt rigolote. Et la, il ne reste rien. C'est un film qui se prend terriblement au sérieux, des plans extrêmement compliques et sophistiques, mais ce n'est jamais rythme, jamais bondissant, ce n'est jamais drôle. Le film est d'un ennui terrible et se termine par cette hyper mauvaise nouvelle: il risque d'y en avoir encore deux derrière.
Jérome : et c'est comme disait Eric terriblement laid.
..
Alain Riou (le nouvel obs) : je suis très ennuyé. En général, quand tout le monde éreinte un film au masque et que je n'y suis pas, je trouve que c'est désagréable. On a l'impression que tout le monde lui tombe dessus. Alors, la, il faut absolument que je trouve quelque chose a defendre dans ce film.
Eh bien, je vais vous le dire, c'est l'invention de quelque chose de beau, le métier de pompier. C'est a dire que la on voit très bien comment le feu s'eteint avec de l'eau. Les gentils ont de l'eau. Les méchants ont le feu. Alors, on est a un stade de developpement de l'humanité qui n'a pas encore invente la voiture de pompiers. Mais sinon, s'il y avait des lances d'incendie, il n'y aurait plus de film.
Jérome : tu es rentre de vacances ou tu vas partir en vacances?
Alain : alors, comme les jeunes garçons aiment les pompiers, je leur recommande d'aller voir le film.
Xavier : ils n'aiment pas les pompiers, ils aimeraient faire le même métier que les pompiers. C'est un peu ambigüe ta phrase quand même.
Jérome : Xavier a été pompier, aussi.
Xavier : oui, mais ils ne m'ont pas garde. Cela a été le grand traumatisme de ma vie.
Jérome : bon, allez. Le dernier maître de l'air n'est malheureusement pas le dernier, je l'apprends ce soir.


****************
That's all folks.

Monday, December 17, 2007

Nathalie a DC

Pratique quand les amis viennent travailler dans la region!

Le mois dernier, c'est Nathalie qui est venu passer une semaine pres de Philadelphie pour son travail. Washington- Philadelphie, c'est a peine trois heures de trajet, et l'occasion parfaite donc pour qu'elle vienne passer le week end ici.

Nous avons commence par le Walkathon de l'annee - pour memoire, c'est une marche contre le 'homlessness' a Washington organisee autour du Mall. On essaye d'organiser des activites de fundraising en prevision, et les fonds collectes vont aux associations qui s'occupent des sans-abri a DC. L'an dernier, nous avions cuisine pour nos amis avec Sandra et Katherina, mm.


Le temps etait froid, tres froid, et vente, mais aussi beau et c'etait donc une belle occasion de se balader (n'etait-ce le reveil a 6h30 un samedi matin). Nous avons pu retrouver aussi Ken et Gumbia, des amis d'Eric que nous voyions pour la derniere fois avant le depart d'Eric.

Ci-dessous: Le Tidal Basin a l'automne.









Ensuite, passage au musee d'art africain pour voir quelques tres belles pieces de la Walt Disney- Tishman collection - ainsi ce remarquablement beau et figuratif guerrier morturaire.

A la 'Abbey road' devant Teaism. - dejeuner (au chaud!) dans ce salon de the/ restauration rapide tres washingtonien et tres agreable

Nathalie et moi avons poursuivi vers la Corcoran Gallery pour voir l'exposition de Annie Leibovitz, remarquable photographe et tres belle retrospective entre photos de famille et portraits de celebrites. Coup de chance, nos tickets achetes pour Ansel Adams debut Septembre nous donnaient droit a cette exposition gratuitement! - la Corcoran etant un des rares musees payants de Washington, on perd vite l'habiture de payer.
Il se faisait tard et de plus en plus froid - nous sommes tout de meme passees voir la vue depuis la terrasse de chez Eric, juste avant le coucher du soleil. Ca avait ete tres beau le 4 juillet dernier, avec l'horizon couvert de feux d'artifice. La lumiere de l'hiver rendait encore l'endroit tres agreable, meme si on le climat n'incitait pas a trainer.



Et la journee n'etait pas finie - nous etions ensuite invites par Mark et Jenn, des amis d'Eric, a feter un thanksgiving traditionnel avec eux et leurs 20 amis et enfants d'amis. La dinde etait enorme, du jamais vu, et on la mangeait avec confiture d'airelles, puree de patates douces, pommes de terre.. tres traditionnel, et tres sympathique de revoir Mark et Jenn, leurs deux enfants, et leur jolie maison sur Capitol Hill.
Pour le coup le dimanche a ete beaucoup plus tranquille - brunch au 'Dinner' de Adams Morgan, autour d'oeufs brouilles/ pommes de terre sautees/ bacon traditionnel, puis balade avec Nathalie le long des ambassades et a travers Rock Creek Park pour rejoindre Georgetown, avant de nous lancer (mais un peu tard) a la conquete des magasins de vetements. Alors, pendant que Nathalie finissait ses provisions (elle a des magasins favoris aux US), je retrouvais Eric, et Klas et Sorita (?) qui sortaient d'une seance d'escalade, pour une part de pizza.
A gauche, a travers Rock Creek Park, derriere Dumbarton Oaks.


Friday, November 2, 2007

Des films, c'etait cestchic

Cestchic, non mais quel nom pour un festival du film francais qui vient de se conclure! Qui plus est parraine par la tres belle et un peu bete Michelle Fenty, la femme de notre maire (des photos du who's who washingtonian), dirige par Lysbeth Sherman beaucoup moins jolie mais empotee, et sponsorise par le Rotary International et Park Hyatt, si l'on veut persifler.

Nous sommes alles voir Samedi dernier a la seance d'honneur, Roman de gare de Claude Lelouch introduit par son excellence M. l'Ambassadeur (drole, notamment sur la greve d'air france), le directeur du Washingtonian magasine (very funny too), l'attache culturel (just a trifling boring), notre maire Adrian Fenty (decevant! Il est jeune et semble promettre beaucoup, mais son discours n'a pas ete a la hauteur), sa femme, et d'autres membres du who's who. A la fois un peu ennuyeux, mais aussi interessant de decouvrir quelques personnalites.
Le film lui fut pas trop mal, sans rien d'exceptionnel. Claude Lelouch etait la pour repondre aux questions a l'issue de la projection. Le public etant conquis d'avance, et le traducteur tres competent, it should have been a piece of cake for him. Il fut cependant tres tres decevant. Des banalites, que des banalites.

Dimanche, une experience plus interessante devant Tres bien merci, conte noir et kafkaien ou un comptable tres ordinaire (Gilbert Melki) tombe des mains de la police en hopital psychiatrique puis au chomage avant de rebondir sur un mensonge tres francais. La realisatrice, Emmanuelle Cuau, etait elle aussi venue pour le festival, enfin elle etait la sans etre la, planant ailleurs et puis finalement repondant de maniere interessante aux questions.
Questions choquees de psychiatres qui refusent d'accepter que des docteurs puissent volontairement enfermer des gens relativement sains d'esprit, questions inquietes de citoyens qui esperent que ce n'est qu'une parabole poussee sur notre monde, et questions incredules d'americains qui soulignent que les libertes individuelles sont bien mieux, bien mieux protegees aux etats unis (la, il y eut une irruption de cris dans la salle: guantanamo! illegable wire-tapping! etc). Et encore, il n'y avait pas de policiers dans la salle. A tous ces gens, Emmanuelle oppose son experience, proches internes, controles d'identite qui tournent mal, situation quasi dictatoriale depuis que Sarkozy etait devenu Ministre de l'interieur.
Qu'elle exagere ou pas, une discussion tres interessante en tout cas. Et qui a prouve que la realisatrice n'a pas voulu filmer un conte, mais bien une realite.


Lundi soir, enfin, derniere seance avant de risquer une overdose cinematographique, le premier film de Jean Pierre Darroussin, le Pressentiment. Un film lent, incertain entre caricature de la bourgeoisie et caricature des milieux populaires, et errements philosophiques de JP Darroussin lui meme, attachant tout de meme.

Monday, July 23, 2007

Piano, percus, criquets

L'ete c'est evidemment la saison des concerts de plein air, mais les americains ont pousse le concept un peu plus loin que nous en creant des veritables salles de spectacle dans les bois.
Wolf trap est certainement l'une des plus belles. Situe en Virginie dans la banlieu de Washington, le theatre a ete construit sur une centaine d'acres donnes au gouvernment et destines a soutenir les arts et l'education artistique. La salle, protegee par un plafond soutenu par des pilers en bois, s'adosse au batiment principal a flanc de colline. Au dela du chapiteau, c'est une grande etendue herbeuse ou l'on peut etendre sa nappe de pique nique, installer ses coussins, boire sa biere, regarder les arbres...


A l'interieur de la salle, l'ambiance est assez remarquable (voir une vision a 360deg.). Une tres bonne acoustique mais aussi l'impression d'etre dans la nature, avec l'ouverture sur les arbres entre les piliers, et le chant du criquet qui tente de conquerir l'orchestre...

Ah oui, l'orchestre, ou plutot le concert: ce jeudi dernier, c'etait le jeune prodige du piano Lang Lang qui jouait avec le National Symphony Orchestra. 25 ans a peine, une carriere deja longue de pianiste, plusieurs concerts au Carnegie Hall, un touche delicat, et un style epatant, pas etonnant que le jeune Lang Lang ait un site de fans et joue souvent a guichets fermes. Le Concerto n. 17 de Mozart joue a Wolftrap etait tout a fait magnifique. Honneur a la Chine, puisque le chef d'orchestre etait chinois lui aussi (Long Yu), les autres morceaux, a cote de Tchaikovski, etaient tires de China Air Suite et Yello River concerto.

Autre lieu de plein air, autre musique, il y a quelques semaines deja: Manu Chao au Merriweather Post Pavilion! Peu connu aux Etats Unis et ne venant que rarement en tournee, mais un public de fans europeens et latinos s'etait rassemble sans peine pour l'acceuillir. Tous nos amis etaient la, sauf quelques chanceux en mission fin Juin.
Manu Chao etait precede par Bebel Gilberto (tres bien), et Thievery Corporation (souvent pas mal). Ce qu'il etait etonnant de voir au fond, c'est combien Manu Chao est devenu sud-americain plutot que parisien, francais, ou espagnol, et combien il a ete adopte par les latinos... Le site internet de Manu Chao.


Dernieres nouvelles enfin: Cecile est bien arrivee de France samedi soir, pour une semaine de vacances. Nous avons passe une bonne journee a Shenandoah hier, et partirons bientot a New York pour un long week end... plus de details plus tard.

Friday, July 13, 2007

Harry Potter

Que ce soit ici ou bien a Paris, je ne doute pas que J.K. Rowling et ses personnages ne fassent encore la une quelques temps - par exemple:

Books: Potter Has Limited Effect on Reading Habits
The New York Times Published: July 11, 2007
The truth about Harry Potter and reading is not quite a straightforward success story


Op-Ed Contributor: The Boy Who Died
The New York Times Published: July 8, 2007
Do we feel sorry for Harry? No. We want him to take a dirt nap. And that’s because we want to be surprised



Plus qu'une semaine! Et nous saurons si Snape est plus qu'un traitre (je veux bien parier que oui), si Harry survivra, si Dumbledore peut revenir a la vie (malheureusement non, JK a deja dit lors de ses interviews qu'il n'y aurait pas de resurrection), en quoi la tante d'harry (tres roahl-dienne) compte-t-elle... bref, l'attente a ete longue mais on souhaiterait aussi pouvoir la prolonger pour ne pas arriver a la fin de la serie trop tot.

En attendant Harry potter and the deathly hallows, quelques lectures interessantes:
L'excellent site de JK Rowling a fouiller.
Le site de reference Leaky Cauldron. Lire notamment l'essai tres informe et peut etre not far off the mark sur Snape, et un essai sur la gestion des plots par JKR et les bouts d'intrigue qu'il reste a lier pour achever le grand noeud final.

Wednesday, May 16, 2007

Another saturday...

Nous sommes restes ce week end encore a DC, mais c'est que bientot Eric partira grimper les desert towers de l'Utah. Des Samedi prochain en fait, et puis je le rejoindrai pour le week end suivant. Les paysages la bas semblent magnifiques.. et aussi compliques a escalader. Les photos de Guillaume Dargaud sont tres attirantes mais a le lire il s'agit la d'une quintessence de grimpe americaine, fissures, coincements, et mouvements difficiles.
En attendant nous avons passe un week end extremement washingtonien, dans tous ses aspects. Ce samedi 12 mai, c'etait
la journee portes ouvertes des ambassades europeennes. On a tendance a l'oublier, mais DC est aussi la ville la plus diplomatique au monde, et les ambassades y sont tres importantes. Quelques unes cherchent l'efficacite et la securite, comme l'Ambassade de Russie qui rappelle les beaux jours de la guerre froide, mais pour la majeure partie ce sont des vitrines de leur pays.

La plupart des ambassades a DC sont sur Massachussetts Avenue, autrement dit embassy row. Pour beaucoup ce sont d'anciennes mansions du siecle dernier abandonnees apres la crise de 29, et reinvesties ensuite. J'aime beaucoup l'Ambassade du Cameroon par exemple, une reproduction assez reussie d'un chateau renaissance.
Mais foin de tradition, vive l'architecture moderne aussi. L'Ambassade de Finlande est un bijou moderne et vegetal (
quelques photos). Sa facade principale est couverte d'un treillis de clematites, et ajournee de plaques de bronzes. Des boites de cuivre et verre s'imbriquent a l'interieur, reliees par des colimacons. Des tres grands murs vitres enfin ouvrent sur la foret de Rock Creek Park... on s'est presque pris a rever pouvoir travailler la bas, avant de reprendre nos esprits. Travailler?


Un visiteur anonyme a l'Ambassade de Finlande?

Ensuite nous sommes descendus dans les rues de Georgetown jusqu'au Potomac. L'Ambassade de Suede est neuve, met en valeur le verre et le bois, et symbolise la transparence des pays nordiques et la proximite avec l'environnement d'apres le conseiller culturel (et non, ce n'est pas un batiment ecologique...). Surtout, les suedois ont une tres grande terrasse au dessus du georgetown waterfront, avec une vue forcement tres belle.



Un bout de terrasse moderniste, Swedish Embassy








La vue depuis l'Ambassade de Suede sur le Potomac

Nous avons quitte la foule des washingtonians en goguette pour passer a la Mosquee dejeuner. Sur Embassy row, la Mosquee est un tres beau batiment, comment dire?, belle et agrable comme une mosquee. Un bazar du samedi nous y a offert des tres bons chawarmas au gout authentiquement arabe.







Des pieds anonymes a la Mosquee?















Pour la soiree j'avais lance des invitations a un barbecue. Autant profiter un peu de la chaleur qui nous etouffait depuis deux semaines. C'etait presque un barbecue a l'americaine, presque parce qu'il y avait deux americaines dans la bande seulement (au fait, l'une mariee a un francais et l'autre fiancee a un peruvien), et ni hot dogs, ni hamburgers, les deux staples d'un american BBQ. Cela dit, il y avait du mais grille, des left overs de la soiree
100 bowls of compassion (voir un poste futur), du taboule, cake sale, brochettes, et caviar d'aubergine tres francais, plus des allemands, des parisiens, un aixois, une roumaine, un canadien, et un italien.
On a pu profiter de l'apero en exterieur juste avant que l'orage n'eclate et que le ciel ne se vide sur nous. Ensuite, ce sont les cuisiniers Eric et Udo qui ont un peu souffert, a surveiller les brochettes sous le deluge. Le gros de la pluie s'est arrete evidemment des la fin du barbecue.
Enfin, changement radical d'ambiance pour la derniere partie de soiree. Alors que tous nos invites etaient repartis et et que je terminais de ranger le dernier tabouret (et sac de charbon, aie) oublie dehors sous la pluie, j’ai vu notre proprietaire garer son taxi sur le parking derriere la maison. Next thing I see, there are two men standing around him, outside of his car, and one of them is holding a gun. Le lampadaire est casse et je voyais plutot des ombres que des figures, mais l'attitude du porteur de revolver ne laissait aucun doute. A peine quelques secondes plus tard, les deux hommes partent en courant, des cles tombent, notre proprietaire les ramasse, et part en voiture avant que je puisse aller lui parler. Serait il foolish enough pour essayer de rattraper les deux braqueurs ?
Effectivement Gaby lui a parle le lendemain et il a essaye de suivre les hommes, sans succes, puis de trouver la police. Ils ont pris sa recette de la journee. Savaient ils que le taxi se garait la et l’ont-ils attendu dans l’allee ? Etaient ils la par hasard ? Le samedi soir en fin de soiree est sans doute le moment le plus risque dans cette ville, les gens qui sortent dans les bars sont des proies faciles. En tout cas, on a vecu assez longtemps ici deja pour ne plus etre vraiment surpris ou inquiete par cette attaque. Dans ce pays des qu’il y a une agression il y a arme a feu, et les criminels ne s’interessent qu’au porte monnaie de la victime - en general. Et Washington reste malheureusement une des villes les plus pauvres et dangereuses des US, nous en avons vu un exemple… et surtout, surtout, quand on est pauvre, et noir, et que l’on habite les quartiers chauds, c’est ce qui se passe au quotidien et que nous ne voyons pas.
Si vous nous trouvez inconscients d’habiter la, n’oubliez pas que nous prenons quelques precautions. Rarement dehors tard le soir, systematiquement en compagnie, a velo, ou bien en taxi… mais, aucun doute, je prefere largement l’insecurite de l’Europe, ou au moins on n’est pas tenu sous la menace d’un revolver qui risque en plus d’etre charge lorsque l’on est attaque.

Sunday, February 25, 2007

Hiver a washington et philly

Il neige a gros flocons sur la ville et la neige s'empile sur routes, trottoirs, et chemins. C'est un parcours seme d'obstacles qui nous attend pour les jours a venir, nous avons deja du vivre une semaine de glace dans la ville mais esperions le printemps. Bah, ce pourrait etre pire, nous n'en sommes pas au niveau du new jersey, new york state, minnesota, etc.

Nous avons meme eu des beaux jours de beau temps, sous la glace, mais pas desagreables. De quoi aller a la patinoire de plein air, installee, evidemment, sur le mall, entre la national gallery et le museum of natural history. Quite a nice area.




Moi bien sur je restais sur le cote, sous une pile de manteaux pour me tenir au chaud, et avec l'appareil photo. Encore deux semaines de cast boot à priori.






Avec le President's day, qui est un lundi ferie bienvenu en fevrier apres celui de janvier et avant celui de mai, nous avions de quoi voyager un peu le week end passé. Compte tenu du temps (hivernal) et du temps (disponible) compté, nous avons opté pour une visite de Philadelphie, son centre historique, la liberty bell, les amish a proximite, et quelques musees de tres grande qualite.
Plus evidemment les marches heroiques de
Rocky. On n'est jamais tres loin du symbole hollywoodisé en Amérique.

En fait nous n'avons par vraiment passe de temps dans le philadelphia historique. Pas vu le Independence Hall en particulier, qui attire les foules américaines. Mais nous avons quand meme fait la queue pour voir la
Liberty Bell, curieux symbole national.

Nous avons prefere passer un peu de temps au
Reading Terminal Market, où les Amish viennent vendre les produits de la ferme, et ou on peut gouter le sandwich au steak specialite de philly.

Ensuite nous sommes alles visiter le
Philadelphia Museum of Art. Immense, grandiose, varie, une apres midi n'y suffit pas. Sans compter les nombreuses oeuvres de belle facture, le musee offre aussi une reconstitution d'un cloitre espagnol, le hall de reception d'un palais chinois de toute beaute, un temple hindou, une maison de the japonaise, ou des salons louis XV.

On y trouve aussi de tres belles mosaiques d'Isfahan, au passage.

Et une Guerre de Troie de Cy Twombly.

Le lendemain, nous sommes sortis de la ville pour visiter la Barnes Foundation . Cette collection privee est petite, immensement riche, et tres difficile d'acces. M. Barnes a elabore sa collection au milieu du siecle passe. Amateur des impressionistes francais et francais en general, il a accumule chefs d'oeuvre, oeuvres de Renoir (181), Cezanne (69) et Matisse (59). Mais il ne s'est pas limite a ces trois favoris, s'interessant egalement a Picasso, Soutine, Degas, Van Gogh, Modigliani, que sait on encore, Corot, El Greco. Quelques highlights de la collection visibles ici.
Ce qui rend la Barnes Foundations tres particuliere aussi, c'est que l'on doit planifier en principe longtemps a l'avance pour visiter. Suite a des querelles de voisinage, les jours de visite sont limites, le nombre de visiteurs est restreint, et l'on doit reserver jusqu'à deux mois a l'avance pour les mois d'ete.
Nous nous sommes pris une semaine avant notre visite, ne me demandez pas quel miracle a fait que nous ayions eu des places.

Friday, September 1, 2006

Les vacances, les vacances!

Alors, avant toute chose, les vacances c'est fini. Et depuis plusieurs jours meme. Et qu'avec la reprise du travail elles ont vite semble bien bien loin, ne serait-ce le decalage horaire qui permet de (force a?) se reveiller tot le matin.
Mais aussi, pour autant que je me souvienne, les vacances, c'etait tres bien. Un grand merci a tous ceux qui nous ont accueillis, heberges, nourris, transportes, accompagnes et retrouves a un bout de la France ou a l'autre.
Le sejour a commence par les retrouvailles traditionnelles du 15 aout a Aix en Provence, avec une meteo pas toujours compatissante mais des journees actives: Calle-Longue - Sormiou, escalade aux Deux Aiguilles de la Ste Victoire, Marseille, son Vieux Port, et son cours Julien, un peu de piscine pas tres chaude a la maison, le Vallon du Montaiguet, et un passage entre cigales et piano a la Roque d'Antheron.
Au dessus et a cote, un temps magnifique dans les calanques. Mais une mer froide, froide.Les experiences culinaires d'Aix - just carotte gingembre, avant d'aller s'attaquer a la Ste Victoire par un temps finalement tres propice:
Apres une longue journee de transfert d'Aix a Vannes, visite guidee de la vieille ville et des fabricants de galettes, retrouvailles surprises d'amis, et un sejour loin du monde a l'Ile de
Gavrinis, avec huitres sauvages et mer toujours froide.
L'escalade est loin d'etre l'activite principale de l'ile: plage face a l'ile Berder, parcs a huitres, et Cairn aux lignes mysterieuses d'ou 3000 ans nous contemplent.

Une vue sur l'ocean, au fond a droite, depuis le tumulus. Et la maison, tres bretonne.
Enfin, six jours a Paris nous ont oblige a oublier un peu le rythme farniente pour une vie rapide et revoir les proches, et Paris.

Wednesday, August 2, 2006

Derniere image de DC

Bientot et meme tres bientot les vacances... encore deux jours, dix huit heures de voyage a patienter, quinze minutes de voiture, et plouf krkr! -plongeon dans la piscine au milieu des criquets
Voila une
derniere image de DC, qui n'est pas de moi, mais on ne peut plus washingtonienne. Le cinema en plein air ici, c'est un grand ecran dresse sur le mall et devant le Capitole, beaucoup moins de pique niqueurs au metre qu'a Paris, et des films pas grandioses mais americains... Imaginez que nous allons manquer Rocky lundi soir prochain.
Nous sommes alles voir un film legendaire aux US, avec la premiere
course poursuite en voiture dans les rues de San Francisco, et un heros policier machiste et entete: Bullit, pour les connaisseurs! Le public a bien applaudi les grands moments du film (demarrage de la poursuite en voiture, repliques cultes, il faut etre americain), la biere coulait a flot sous un camouflage de sacs en papier, le son n'etait pas tres audible et l'histoire pas tres claire (help, quelqu'un pourra faire un cours de rattrapage?). Mais nous avons eu de belles images de la Baie devant le Capitole eclaire - meme si sans mise en abyme.

Monday, July 24, 2006

J'prendrai bien le suivant

En parlant de metro. Un petit court qui en fait beaucoup.
http://www.wat.tv/relevance/search/oscars/video/5666

Monday, July 10, 2006

DC shows

J'aurais bien voulu ecrire que nous avons beaucoup fete hier la victoire en Coupe du Monde, mais notre brunch au pub s'est juste termine sur plus de bieres que prevu (pas pour moi, non, non), et un public pro-france tres decu. J'aurais bien aime pouvoir aussi vous ecrire que les feus d'artifice de la fete nationale sur le Mall sont les plus beaux du monde et que les 500 000 spectateurs sont les plus joyeux... mais mis a part les bruits de fete de voisinage du crepuscule au milieu de la nuit, tout a fait manque ce 4 juillet (in the process of unpacking the tent, gear, doing the washing thing, etc, after the week end, voir un post ulterieur).

Et pourtant il y a bien quelques spectacles recents dont je pourrais vous parler. Vendredi dernier, notre ami americano-allemand Karl nous a emmene au DC Improv theater, qui ne fait que du cafe concert comique, pour voir un spectacle de
Christian Finnegan... Il faut pour le connaitre sans doute etre americain et puis avoir le cable (la chaine "VH1", si cela existe bien?), mais nous n'avons pas ete peu contents de pouvoir comprendre quasiment tout le spectacle, somme toute assez drole.

A l'oppose, la piece de theatre tres sombre de Don deLillo, au Kennedy Centre. Trois acteurs en scene autour du pere et amant en fin de vie, beaucoup de durete, quelques repliques tres droles qui permettent a l'assistance de survivre quelques minutes encore. La piece
Love-lies-bleeding n'a ete ecrite et mise en scene que tout recemment, cependant Don deLillo est depuis une vingtaine d'annees un des grands auteurs postmodernes americains semble-t-il. Cela, c'est Wikipedia qui le dit, car pour ma part je decouvre tout juste.
Enfin, passons a la musique. Toujours en remontant dans le temps, le concert de
Salif Keita au Lisner Auditorium a largement rattrape la performance glacee de Cesaria Evora. Selif Keita, c'est la musique du Mali, des danseuses africaines, of course, mais aussi des percussions formidables, les spectateurs debout, des fans hysteriques, et le public sur scene a la fin du concert.

Last but not least, le 14 Juin
Camille a termine sa tournee americaine (centres culturels francais de Los Angeles, San Francisco, et New York, c'est un debut, tout modeste soit-il) a l'Ambassade de France. Difficilement descriptible: la chanteuse cree sur scene rythmes, boucles, vocalises, cajole et se moque du public, et ses deux accompagnateurs eux memes sont des hommes instruments. Et a ceux qui me parlent de M Matthieu Chedid depuis quelques annees, je pourrai desormais repondre Camille en concert!!

Sunday, April 30, 2006

Un haiku de printemps

De tous les cotés
Les vents apportent des petales de cerisier
Au lac des grebes.
Basho Matsuo1644~1694







Difficile de ne pas penser au Japon et a ses haikus pres du Bassin des marees au debut du printemps. De maniere ephemere et foisonnante fleurissent des milliers de cerisiers du Japon: beaucoup de rose, blanc, des petales qui volent au vent, et des visiteurs charmes.





L'histoire nous apprend que 3 000 plants furent donnes par Tokyo a la ville en 1912, et plantes entre le Potomac et le Mall, autour du Tidal Basin. Entretenus, celebres, replantes, adoptes voire sponsorises depuis, les arbres ont eu le temps de devenir des ancetres de cerisiers, courbeux, noues, deformes. Leur gloire ne dure que deux semaines fin Mars debut Avril, lorsqu'enfin les fleurs apparaissent, mais alors sont-ils abondamment couronnes par la ville.
Le cherry blossom festival est un drole de melange entre foire d'attraction, celebration de l'amitie sino-americaine, et aimant a touristes - on approche le million de visiteurs en une semaine parait-il. Le charme de la nature que le festival ne pourra certes pas diminuer est l'infiabilite (irreliabilite) de la chose: floraison retardee ou prematuree, orages de printemps, et voila que les spectateurs n'ont rien a contempler et que les petales partent a vau l'eau.

Par coincidence je lisais a cette meme periode, non pas le trop celebre Memoirs of a Geisha d'Arthur Golden, mais Geisha de
Liza Dalby, "the only foreigner to become a geisha" comme l'explique la jaquette - en fait une jeune sociologue americaine devenue geisha en 1974-75 - , qui parle elle aussi du cherry blossom festival a Kyoto - tout un art de vivre iki semble-t-il pour le flower and willow world.



Enfin, pour un habitant de Washington, les cerisiers du Japon se trouvent bien en dehors de la vie quotidienne - qui d'autres que les commuters en voiture passerait au sud du Mall - et la ville ne prend un air de printemps qu'apres, lorsque les feuilles sortent, la temperature monte, et les arbres du commun fleurissent. Pour le coup nous allons dejeuner regulierement sur la terrasse du H building, ou fleurit une magnifique glycine (ou
Wisteria, glyzine, glicine dependant des participants au dejeuner) qui rappelle Corbeil et garde ma preference.

Wednesday, April 12, 2006

Alles uber Sophie Scholl

A la tres grande surprise des nombreux amis allemands, nous, francais, mexicains, americains, n'avions jamais entendu parler de Sophie Scholl. De la a savoir, de plus, qu'un film eponyme faisait parler de lui en Allemagne et qu'il a traverse l'Atlantique plus vite que la fontiere...
Donc, film retracant l'histoire tragique d'une toute jeune resistante, en 1943, et de ses compagnons de route, juges et executes en l'espace de quelques jours. Sophie Scholl a semble-t-il acquis un statut d'icone outre-Rhin, et le film est
beau et poignant, c'est vrai, et puis montre une part occultee de l'Allemagne hitlerienne.
Contrairement a la plupart des critiques lues jusque la, j'ajouterais un bemol sur l'opposition surjouee entre la betise des interrogateurs et l'engagement magnifique de Sophie, mais petit bemol s'il en est.
Enfin, depuis les US, nous esperons que le film, qui sort aujourd'hui en France, fera beaucoup parler de lui.

Wednesday, April 5, 2006

C'etait Cesaria

Qui eut dit que tous les chemins menent a Washington ?
Apres un concert lundi soir dernier de
Arno, chanteur belge tres rock n'roll, aux frais de l'ambassade, nous avons pris les choses musicales au serieux et, avanti, direction le Lisner auditorium ! D'ailleurs, retablissons la verite narrative, nos tickets de samedi etaient reserves depuis deux mois - tout comme pour la plupart de nos collegues.
Voila donc l'Evenement de ce debut d'avril: la venue a DC de Cesaria Evora ! Inutile de la presenter et de dire que ce fut pour nous un tres beau concert capverdien. Nonchalante, sans aucune presence scenique, et sans effort vocal, Cesaria chante magnifiquement. Et puis ses comparses assurent un peu de spectacle. Sans oublier la pause de mi-concert qui nous a decidement intrigue: la diva prend un chaise, un verre d'eau, une cigarette sur scene. Une habitude ? Clin d'oeil ? Provocation ?
And what was real surprise as the cherry on the cake ?...
Seu Jorge est venu faire la premiere partie de Cesaria, si, si !

Thursday, March 30, 2006

Dada-bah, Cezanne ah !

Sans doute les parisiens se souviennent-ils avec plaisir de la tres bonne exposition Dada a Beaubourg en fin d'annee passe, et puis les aixois attendent-ils avec impatience l'arrivee de la premiere exposition de consequence sur Cezanne chez eux !
Eh bien ici, nous avons tout a la fois - gratuit qui plus est, si, si ! Nous avons fait il y a deja plusieurs semaines l'ouverture du
Cezanne en Provence, et puis n'ai pu resister au plaisir d'y retourner dimanche apres-midi. Les tableaux offrent de tres beaux moments - une belle organisation chronologique et thematique, des portraits, des pates epaisses puis transparentes et enfin si modernes, quelques textes d'introduction clairs, et des souvenirs familiers qui ne gachent rien. Un dessin du Pont des trois sautets permet, petit bonus, de craner aupres des amis.
L'autre but de l'expedition dimanche etait, enfin, d'aller revoir l'exposition dadaiste et completer mon tour que je n'avais eu le temps de finir, relire au passage quelques pages d'andre breton, retrouver les films absurdes et ressentir a nouveau un peu de l'esprit dada.
Cruelle deception ! Oh si j'avais su ! D'une exposition riche et en bazar, variee, profonde, a explorer a sa guise, nous sommes passes a une organisation sagement lineaire, de Zurich a Paris en passant par Berlin, New-York, etc. Quelques oeuvres seulement, et un nombre tres limite d'artistes, point de choses a lire si ce n'est les textes didactiques d'introduction qui font bien pauvres - un emplatre sur une jambe de bois. Des tableaux et collages bien alignees, beaucoup de choses tout a fait posterieures a dada, une pissotiere de duchamp hors de portee des coups de marteau vengeurs, et voila. On y entre, on avance au fil des salles, on passe parfois vite (moi devant grosz) ou on s'arrete pour admirer (decidemment schwitters me plait), on ne se pose pas de questions, et l'on ressort un peu moins ignare et tres conscient que Dada est mort, la faut aux americains ? a la modernite ? Et voila, en tout cas, Dada is dead.

Saturday, March 11, 2006

Return2BANFF

Quelques images d'un Balancing Point a contretemps : senseistudios.
Pour ne pas oublier qu'ici la nature peut etre belle, malgre le froid, la pluie, le vent.

Tuesday, March 7, 2006

BANFF

non pas une redite d'une recette de cuisine mais le recit d'un tour du monde en images.
Mais pas n'importe quel monde: montagnes, neige, desert, rocher, du tres chaud au tres tres froid - une image d'un garcon, deux rennes, un chien dans un blizzard a -50 en siberie suffit a congeler une audience.
BANFF mountain film festival existe depuis une trentaine d'annees, et d'une petite ville canadienne et d'un petit festival automnal est devenu un grand "show" mondial, avec projections tout au long de l'annee de Tokyo a Argentiere (Paris, non, malheureusement). Les films projetes sont pour la plupart tres beau, very inspirational and/ or very humourous. Washington a la chance de beneficier d'une semaine complete, retour donc au National Geographic Jeudi pour d'autres aventures.

Un denominateur commun est peut-etre une passion pour la beaute du monde, je vous laisse sinon apprecier la variete du programme:
High Fly Summits. (France, 2005, 13 min.) French Soulflyer team et son leader incontournable Loic Jean Albert partent a la conquete du Mont Blanc et du Mont Fuji en aile volante. On retiendra la descente en parachute le long des pentes, en compagnie des skieurs, les pieds effleurant la poudreuse.
Becoming a Man in Siberia. (France, 2004, 52 min.) Un adolescent en Siberie, au nord, tres loin au nord, les rennes, son clan, et un blizzard, tres tres froid, et deux jeunes nomades du Desert de Gobi, leurs chameaux, et la quete de nouveaux paturages. Boy, what a life.
The Khumbu Mighty Mites. (USA, 2005, 3 min.) Des enfants au Nepal glissent sur des mini-skis improbables faits de bouts de bois, glissent, tombent, roulent et boulent, et rient.
Return2Sender-Parallelojams. (USA, 2005, 45 min.) Alpine Club of Canada Award for Best Film on Climbing. Des grimpeurs fous de crack dans le desert de l'Utah, un travail de doigts, coudes, genoux, epaules, pour conquerir des fissures vertigineusement verticales et pures. Des voies raisonnablement aisees mais toujours panoramiques jusqu'a des micro-fissures et du travail d'entetement, de chutes, de souffle... des grimpeurs de 20 a 70 ans, un guide auto-proclame Timmy O Neill hilarant et un campement dans le desert. Dans la sequence frissons un peu de "slack line" (funnanbulisme) a 300 pieds au dessus du desert et un 5-11 en solo.
(et la photo s'agit bien d'une verticale, au cas ou vous en douteriez - premiere d'une 5-13 + "from switzerland with love")
Solilochairliftquist. (USA, 2005, 4 min.) Un soliloque en telesiege, 4 minutes de solitude, soit encore 8000 min par an a raison de 100 jours par an, do my skies look good? Yeah, or well sort of, they were kind of cheap in any case... Why is the snow white and the sky blue and not the reverse? Oh boy, this skier is a bum. and his outfit is so ridiculous. The girls the previous time were cuty. they were from houston, houston... Does my girlfriend complain if I prefer my skies to her ? What is she saying at the moment? "Do my trousers make me look fat?" - do my trousers make me look fat?.. I'm hungry.... 8000 * 30 equals.. oh boy, that's maths. It's amazing the time you spend on a chairlift. Say a few weeks of your life.. it's incredible how much you can think about in this time. I hope it's going to be sunny this afternoon, soon I'll feeze. Why does it have to be so windy up there ? Am I supposed to trust the safety of this thing ? Sure that they're going to invest my 30 dollar ski-pass in safety, you only have to look at the rust.. I'm hungry... 8000*30 equals... Oh, here we go.

Saturday, March 4, 2006

Soyons modernes, ecrivons des lettres !

Quel serait le nec plus ultra de la modernite, si ce n'est recevoir par email le scan d'une lettre bellement manuscrite de sa grand-mere ?
Mille mercis donc a Mahe pour le recit des festivites, English writing, et l'astiquage des cuivres, a Dominique pour le scan, Papi pour son soutien sans faille a la cuisine sans sel, Blanchette pour la lecture au telephone des recits electroniques - encore une autre version de la modernite !
Si je devais cependant m'elever contre une consideration epistolaire - dear granma, youre English looks as its best, as precise as Henry James', as funny as Roald Dahl's, as thrilling as Stephanie Plum's adventures, as sweet as ever.
- ce qui n'empechera pas la lettre d'etre postee et la poste americaine de bien vouloir l'acheminer, pour une fois ?

Wednesday, February 15, 2006

Un emprunt au Monde (chut....)

MAHMOUD DARWICH
« Arabes et musulmans ont le sentiment d'être poussés hors de l'Histoire »
Article paru dans l'édition du 12.02.06
Des caricatures de Mahomet au triomphe électoral du Hamas dans les territoires palestiniens, le plus grand poète palestinien vivant, chantre de l'exil de son peuple, passe l'actualité en revue. Il estime que le monde arabo-musulman n'échappera pas à l'expansion islamiste. « Le prix à payer pour cette phase historique sera très cher », dit-il



La poussée du Hamas en Palestine s'inscrit-elle dans un environnement général qui voit les islamistes progresser dans l'espace arabo-musulman ? C'est une évidence : la Palestine ne peut être une île dans un océan de progression de l'islam politique. S'il y avait des élections libres dans le monde arabo-musulman, les islamistes l'emporteraient partout, c'est aussi simple que cela ! C'est un monde qui vit profondément dans le sentiment de l'injustice, dont il rend responsable l'Occident. Lequel répond par une forme d'« intégrisme » impérial qui renforce le sentiment d'injustice. Dans cet espace, on a affaire à des identités blessées.
Quelle est la nature de cette blessure ? Arabes et musulmans, confrontés à un « despotisme universel » américain et à des despotes locaux, ne savent plus où ils se situent. De plus, la richesse s'étale sur tous les écrans, qu'ils comparent à leur misère. Ils ont le sentiment d'être poussés hors de l'Histoire. Résultat : ils se rétractent sur leurs constantes historiques - une attitude par définition passéiste. Ces blessures se gangrènent. Or les repères sont perdus. Nationalisme et tiers-mondisme, socialisme et communisme ont tous failli. Il ne reste pas même la prééminence du droit, puisque dans leur zone le droit international n'a pas cours. Israël s'y soustrait depuis si longtemps sans que rien ne se passe.
Ils pourraient choisir la démocratie...
Je n'ai pas de réponse évidente à ce déficit. Les gens ont peut-être besoin de solutions simples à leur désarroi, que la religion apporte. Or la démocratie n'est pas simple, elle induit le pluralisme, la complexité. Je crois que, malheureusement, aucun pays arabe n'échappera à l'expérience islamiste. Le monde arabe n'est plus celui des années 1950-1960. L'Amérique non plus. Là-bas aussi, de plus en plus de gens se tournent vers les réponses inadéquates de la religion. Le manichéisme de la pensée s'accompagne d'une islamophobie qui suscite des réactions très violentes dans le monde musulman.
A ce sujet, que pensez-vous de l'affaire des caricatures de Mahomet ? C'est une folie qui m'emplit d'affliction. D'abord, la caricature de Mahomet avec une bombe à la place du turban est insultante. La liberté de la presse doit être défendue, mais pas le droit à l'insulte. On ne peut impunément offenser les croyances des autres. En France, la presse est libre. Mais vous avez des lois qui punissent l'expression publique du racisme. Dans l'atmosphère internationale étouffante où nous vivons, il faut respecter le refus des musulmans de voir représenter l'image du Prophète. En même temps, le problème est que l'opinion arabe et musulmane ne fait aucune différence entre les peuples, leur diversité et les gouvernements. Elle considère tout « en bloc ». Arguer d'un dessin pour brûler des ambassades est une folie. De part et d'autre, des forces concourent à exacerber le choc des identités. Un jour, cela passera. C'est une période transitoire. En attendant, ces forces dominent.
On en a pour longtemps ?
Qui sait ? La moitié de l'humanité a cru au socialisme. Qui aurait imaginé que cet « avenir radieux » s'effondre en un jour après soixante-dix ans ? Le monde arabo-musulman aujourd'hui est en pleine expansion islamiste, et le prix qu'il aura à payer pour cette phase historique sera très cher. Partout, déception et colère dominent, les gens régressent. Les islamistes radicaux deviennent de plus en plus dominants. En même temps, je suis effaré de l'ignorance générale en Occident vis-à-vis de l'islam politique. Il y a toutes sortes d'islamistes. Les salafistes et le Hamas, pour prendre un exemple, sont très différents. Le Hamas est d'abord un mouvement nationaliste fondé sur une vision religieuse. Mais l'Occident, lui aussi, tend à ne voir l'islam politique qu'en « bloc ».
Maintenant, vous, le poète de la diversité et de la convivialité, vous vous retrouvez avec le Hamas au pouvoir...
D'abord, reconnaissons qu'un changement de régime a très démocratiquement eu lieu. Pour les moeurs politiques de la société palestinienne, c'est positif. Cela étant, Israël porte une responsabilité majeure. Il a installé un climat de délégitimation de l'Autorité palestinienne qui a pavé la voie au Hamas. Ajoutée à sa politique, qui rend le quotidien palestinien invivable, l'incurie de l'Autorité a contribué à créer une ambiance délétère. Cela a poussé beaucoup de gens à penser : « Pourquoi ne pas essayer une autre voie ? Ça ne pourra pas être pire. » Le vote Hamas a été plus protestataire qu'uniquement religieux. Maintenant, nous allons devoir vivre avec cette expérience. Mais je ne peux cacher mes inquiétudes. Des dirigeants du Hamas ont déclaré vouloir « remodeler la société sur une base isla mique ». Quand on défend une Palestine plurielle et laïque, on ne peut que craindre pour les droits des femmes, pour les jeunes et les libertés individuelles. Sans oublier la composante chrétienne. J'espère que le Hamas composera et respectera la base qui l'a mené au pouvoir, dont, je le répète, les motivations étaient essentiellement protestataires.
Comment analysez-vous le regard des gouvernants israéliens sur le Hamas ?
Le problème essentiel de l'histoire du sionisme est qu'il a essayé d'éluder la réalité du terrain. Dès le départ, il savait que son slogan « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » était erroné. Il y avait un peuple sur cette terre. Alors il a fait comme s'il n'existait pas ou ne comptait pas. Et ça continue. Des décennies, les Israéliens ont nié l'existence d'un mouvement national palestinien. Ils disaient que l'OLP n'était qu'une « organisation terroriste ». Un jour, ils ont dû la reconnaître. Aujourd'hui, ils disent : « Pas question de négocier avec le Hamas. » Ils finiront par le faire, comme ils l'ont fait avec l'OLP.
Qu'est-ce qui pourrait les amener à négocier ?
La réalité ! Le soleil, dit-on, est plus puissant que les ailes des corbeaux qui couvrent l'horizon. Récuser le Hamas, c'est nier le résultat d'une élection libre. Cela ne sert à rien. A la fin, la réalité est toujours plus forte que le déni. Quand l'Intifada a éclaté, les Israéliens ont décrété qu'ils n'avaient « pas de partenaire ». Or seul Yasser Arafat pouvait faire admettre au peuple des concessions. Mais ils n'ont eu de cesse de le réduire à rien. Quand Mahmoud Abbas lui a succédé, eux et les Américains lui ont fait des mamours. Mais, politiquement, ils n'ont rien négocié. Ainsi, ils l'ont discrédité à son tour aux yeux de sa population. Ils croient toujours pouvoir mener une politique unilatérale. Résultat : ils ont le Hamas en face d'eux.
Dans un premier temps, cela servira de justification à leur unilatéralisme. Mais s'ils cherchent à garder leurs blocs de colonies et à nous accorder « généreusement » quelques bantoustans, cela veut dire qu'ils ne veulent pas la paix. Et cela ne marchera pas. Jusqu'à ce que la réalité s'impose à eux : la seule voie, c'est d'en finir complètement avec l'occupation.
Vous croyez que les Israéliens ne veulent pas la paix ? Le problème est qu'ils ne veulent ni d'un Etat binational, ni d'une Palestine indépendante. Quand tous les Etats de la Ligue arabe, en 2002, ont proposé un retrait aux frontières de 1967 en contrepartie d'une reconnaissance générale d'Israël, ils ont fait comme si cette proposition n'existait pas. Aujourd'hui, sur le territoire de la Palestine mandataire, il y a deux réalités : l'une juive israélienne, l'autre arabe palestinienne. Aucune ne peut éradiquer l'autre. La seule solution est que les deux parties reconnaissent cette double réalité. Ensuite, que chacun écrive son histoire comme il l'entend ! L'histoire n'intéresse que les historiens ou les romanciers. Moi, c'est le présent qui m'intéresse. Or il se noie dans la tragédie.
La société israélienne n'a pas suffisamment pris la mesure de la concession historique que lui ont faite les Palestiniens, les spoliés. Ni pris conscience de l'importance, pour la victime, de voir son agresseur reconnaître sa part. Les Israéliens ont l'habitude de dire que les Palestiniens « ne ratent jamais l'occasion de rater une occasion ». La réalité est inverse. Après Oslo, ils avaient une occasion exceptionnelle. L'OLP et tout le monde arabe auraient mis fin au conflit s'ils avaient compris que les Palestiniens n'ont rien d'autre à « concéder » que leur reconnaissance, et qu'eux doivent, en contrepartie, se retirer des territoires conquis sans barguigner et admettre l'émergence d'un Etat palestinien. Maintenant, il sera bien moins facile à Israël d'aboutir avec le Hamas. Un riche qui se complaît de la misère de son voisin est un idiot, car il ne se sentira jamais en sécurité. La seule sécurité d'Israël, c'est que son voisin vive décemment et dans la dignité.
Vous avez accepté le jeu d'une interview politique. Pourtant, on vous sent réticent à aborder ces questions. Parce que je vis dans la perplexité. Je ne refuse pas de parler de politique, mais je refuse toutes les certitudes dans un présent si agité. Je ne suis pas certain de ma propre vision. La complexité, je l'intègre à mon travail de poète. Tout poète ou même tout écrivain du tiers-monde qui dirait « la société ou la politique ne m'intéressent pas » serait un salaud. Je ne suis pas salaud à ce point. Pour un Palestinien, la politique est existentielle. Mais la poésie est plus rusée, elle permet de circuler entre plusieurs probabilités. Elle est fondée sur la métaphore, la cadence et le souci de voir derrière les apparences. Mais les poètes ne conduisent pas le monde. Et c'est heureux : le désordre qu'ils y introduisent pourrait être pire que celui des politiciens.
Qu'y a-t-il derrière les apparences ?
La vie, donc les rêves et les illusions. Qui peut vivre sans espoir que le monde ira vers le meilleur, vers le beau ? La poésie ne peut exister sans l'illusion du changement possible. Elle humanise une histoire et un langage commun à tous les humains. Elle transgresse les frontières. Au fond, son seul véritable ennemi, c'est la haine.
Dans votre récent ouvrage paru en français, Ne t'excuse pas, vous écrivez : « Je suis ce que je serai demain. » Un vers étonnant venant d'un poète qui récuse l'immuabilité. Au contraire. Le présent nous étouffe et déchire les identités. C'est pourquoi je ne trouverai mon moi véritable que demain, lorsque je pourrai dire et écrire autre chose. L'identité n'est pas un héritage, mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment. Et nous ne la connaîtrons que demain. Mon identité est plurielle, diverse. Aujourd'hui, je suis absent, demain je serai présent. J'essaie d'élever l'espoir comme on élève un enfant. Pour être ce que je veux, et non ce que l'on veut que je sois.
Propos recueillis par Sylvain Cypel