Monday, February 27, 2006

DC Cares

Yes, Ladies and Gentlemen, DC Cares. DC cares about what you might ask ? Politics, money, racial issues, football, gas prices, American idol and Angelina Jolie's baby, of course.
But "
DC Cares" is more than just a subject/ verb: it's also the name of a very big and very professional charity.

Comment ca marche ?
Un regroupement d'associations de tous genres, soupes populaires, animation, visites de personnes agees, preparation de repas, livraison de repas, des patients atteints du Sida, associations religieuses ou pas (si, si, cela se trouve ici). Toutes ces associations proposent des "one-time events" a qui voudra bien donner un peu de son temps mais ne peut s'engager sur des horaires reguliers, avec free-doughnuts pour la peine, et participants de toutes classes / religions / races (si, si, cela se note ici).
Ainsi, j'ai reemballe des kilos de frites surgelees pour l'aide alimentaire, assiste a un spectacle de magie avec des retraites, coupe des dizaines de carrottes pour la preparation de repas. En perspective: peut-etre bientot un peu d'accueil de jeunes? C'est pour le moment surtout une occupation des samedis matins, mais pourra eventuellement s'etendre a des journees completes le week end, et puis quelques soirees peut-etre.

Wednesday, February 22, 2006

Des poli-tacticiens a la Courneuve

Dire que nous n'avons pas eu droit a l'epoque a un article du Monde... ni a un reportage televise... mais seulement a une interview dans "radio notre-dame", tttt.

A La Courneuve, les surdoués font la classe Ils sont polytechniciens. En juillet 2005, Antoine Bodereau et Mohamed Amine El-Khanjar ont été reçus au concours qui fait d'eux l'élite de la nation, sous la tutelle du ministère de la défense. Depuis octobre, ils vivent dans un foyer de Seine-Saint-Denis. Envoyés en mission dans des collèges et lycées de La Courneuve, Saint-Denis et Villetaneuse, pour y faire du soutien scolaire en mathématiques, physique et chimie. Antoine Bodereau a grandi au Mans, dans une famille de médecins. Mohamed Amine est marocain, père journaliste, mère professeur de collège. Il a fait sa prépa à Rabat et est entré à Polytechnique dans le contingent des étrangers (100 élèves sur les promotions annuelles, qui en comptent 500). Deux jeunes garçons de bonne famille. En sortant de la station de métro La Courneuve-8-Mai-1945, Mohamed a été un peu surpris : "Il y avait des Pakistanais enturbannés, des Arabes, des Noirs, des Chinois... Je ne savais pas que Paris ressemblait au Bronx !" Le soir, les deux polytechniciens se retrouvent au foyer, un asile de vieillards désaffecté et passablement lugubre au bout d'une rue de La Courneuve. Chacun y a son studio de garçon. Où trônent une télévision et des tas de paquets de biscuits entamés. Au début, ils se racontaient leurs premières impressions de la banlieue parisienne. Leur "trouille". Leur étonnement que tout se passe, finalement, "très normalement". Le premier jour de leur arrivée, Antoine et Mohamed ont fait chacun le tour des classes pour expliquer qui ils étaient. Les études qu'ils avaient faites. Ce qu'était un bac S, une classe prépa à Polytechnique. Ils ont vu quelques paires d'yeux s'arrondir. Des questions ont fusé. Des parents sont venus les voir. Depuis, ils travaillent en binôme avec un professeur, donnent des cours supplémentaires aux quelques élèves volontaires, les aident à faire leurs devoirs. "On a des moins mauvaises notes", disent ceux-ci, unanimes. Antoine Bodereau, plein d'enthousiasme, a collé des affichettes sur les murs du collège Georges-Politzer, à La Courneuve : "Vendredi, 12 h 45, premier atelier scientifique animé par Antoine Bodereau." Un peu avant 12 h 45, vendredi, Antoine est donc entré dans sa classe. Un grand garçon de 19 ans, blond et sympathique, l'air plutôt sage, blue-jeans et sweat-shirt à capuche. Sur le pas de la porte, il guette les candidats à l'atelier scientifique. Qui ne viennent pas. Seule une élève de sixième s'est assise sagement dans un coin de la classe : Yahou Farah, 11 ans et demi. C'est son père, mécanicien, qui lui a conseillé de venir. "Il m'a expliqué ce qu'était un polytechnicien, dit-elle. Il m'a dit que ça formait les militaires. Moi, je ne veux pas faire polytechnique, mais je veux faire scientifique." Elle reprend son souffle et murmure timidement : "J'aime bien les sciences. Je suis la première de ma classe." L'heure tourne. Le polytechnicien et son atelier scientifique attendent toujours leurs clients. Des élèves passent la tête, intrigués. "Vous êtes qui, m'sieur ? Vous êtes prof ? Je vous connais pas, lance une jeune fille. - Je ne suis pas vraiment prof, je suis stagiaire, répond Antoine Bodereau. - Quoi ? - Stagiaire. J'organise un atelier scientifique. Tu peux t'inscrire si tu veux." Grosse grimace. Un élève de troisième surgit, le lecteur MP3 à la main et les écouteurs accrochés aux oreilles. "Moi je le connais, Antoine ! Il est pas prof, il est politicien ! - Ah oui, c'est vous le technicien machin truc ?, lui demande un autre. Vous pouvez me faire mes devoirs ? - De toute façon, reprend la jeune fille, ça sert à rien. Qu'on soit le meilleur ou non, c'est la dégaine qui compte. Si t'es noir ou arabe et que tu sors du neuf-trois, t'es mort. - Tu sais, il y a plein d'Arabes dans ma promo à Polytechnique, et ils sont souvent meilleurs que les autres", lui dit Antoine. Une troupe commence à se former dans la salle vide. Yahou Farah reste assise sans rien dire derrière son pupitre. Antoine Bodereau essaie de convaincre les curieux. Il pourra leur expliquer des petits trucs qu'il avait appris en prépa : pourquoi la Lune présente-t-elle toujours la même face à la Terre ? Pourquoi une glace fond-elle lentement ? Pourquoi une tartine beurrée a-t-elle plus de chances de tomber du côté du beurre ? Leur promettant même de poser devant eux un grain de sodium dans de l'eau... "Ils aiment bien ce qui explose", note judicieusement Antoine. Lors de l'entretien préalable au stage, à Polytechnique, il avait dû répondre à des questions pratiques. "Que faites-vous si vous n'arrivez pas à tenir la classe ?", avait demandé le lieutenant-colonel. Réponse d'Antoine : "D'abord je laisse filer. Je pense qu'ils se fatigueront avant moi. Si vraiment ça perdure, j'irai chercher le conseiller d'éducation." Le colonel a paru satisfait. Comme Mohamed, Antoine a vite revu ses principes. "A vrai dire, ils se fatiguent rarement avant moi, reconnaît-il. Ils sont même assez coriaces. Mais j'ai été surpris par leur gentillesse. Avec tout ce qu'on dit sur La Courneuve, je ne m'attendais pas à ça. Ça m'est arrivé d'en renvoyer un. Il est sorti de la classe. Il est revenu tout seul, il a dit "Je m'excuse", et il s'est rassis." Mohamed : "Moi non plus, ça n'a jamais dégénéré. Je ne suis pas vraiment vraiment respecté, mais le minimum y est !" Le vrai problème, poursuit-il, "c'est qu'ils n'y croient pas. Les filles, un peu plus. La plupart n'imaginent pas leur futur au-delà de la troisième, ils ne se rêvent en rien". Pourtant, en quelques mois, les deux polytechniciens sont fiers de constater de petits changements chez leurs élèves. Une bonne dizaine d'entre eux ont dit leur envie d'aller jusqu'au bac et d'intégrer une classe prépa. Mohamed, arabe, suscite la curiosité. "Mon origine leur donne du courage. Même si les Marocains de la classe en profitent parfois pour narguer les Algériens, du style "Il n'y a que les Marocains qui peuvent être politiciens"...". Antoine regrette que l'expérience ne soit pas mieux structurée : "Si on nous confiait de vrais groupes toute la journée, plutôt que 5 ou 6 élèves par-ci par-là, on aurait des vrais résultats." Une mère d'élève passe une tête dans la classe d'Antoine. Sa fille de 15 ans est à côté d'elle. "C'est vous le polytacticien ? Bon. Ma fille, elle est en descente totale, je voudrais tout faire pour elle. Vous pourriez l'aider ? - Pas de problème, dit Antoine. - Vous faites l'espagnol, aussi ? - Ce n'est pas prévu, mais pourquoi pas ?, répond le polytechnicien. - Alors je reprends espoir", dit la maman.

Sunday, February 19, 2006

Moving

Deux lampes, une aquarelle, dix baguettes vietnamiennes, des rollers, une cocotte-minute, trois cent livres, une etagere, un piolet, deux vases, des cartes postales, la sainte victoire, deux narguiles, les cours de Wye college, des faire-part, sandales, tongs, draps, poncho bolivien, larousse des desserts, un plateau d'Herve, bougies, combinaison de plongee, plateau a cafe, dictionnaire franco-arabe, deux paniers, un antivol, crampons, saladier africain, la cuisine des antilles, parfums, bonnets, pareos, table roulante, nappe malgache, un hamac...
Un raccourci d'une vingtaine de cartons, quelques heures d'emballage et de deballage.
Manque: une chaussure de montagne, la paire a ete separee en route et la survivante se trouve bien superflue.
Manque egalement une bibliotheque qui ira la, dans notre salon, a la place des cartons.
Nous devrons en attendant nous contenter des cartons et adopter de nouveaux criteres esthetiques, si, si it's very moderne et trendy, I swear.

Thursday, February 16, 2006

Il a neigé dans le train !

Avant d’en arriver la, glace et pelletees de neige sur les plateformes du train, il y a eu un long, long week end et surtout un voyage presque interminable.

Je devais aller a la rencontre de Clemence, ma petite sœur en voyage avec son lycee au Quebec. Le groupe ayant un programme des plus denses – un jour et demi a Montreal, puis Quebec, puis Aylmer et Ottawa, et de mon cote le week end n’etant pas tres extensible ces temps ci (autrement que grace aux AWS, si vous avez bien revise votre lecon de sigles), il apparaissait qu’une rencontre au somme Samedi passe serait de l’ordre du possible et le plus recommande.
Pour se rendre de Washington a Montreal existent un certain nombre de possibilités : 600 miles environ, soit une a deux heures d’avion, douze heures de bus, une journee de train, 4 jours de velo a minima – voire plutot 10 jours disons.
L’avion est cher et les horaires peu pratiques – tiens, oui, au fait, pourquoi n’y a-t-il pas de compagnie « low cost » aux Ameriques, pourtant royaume du marche ? Le train quotidien ne circule que de jour, il semble une mauvaise idee de sacrifier deux jours de trajet.
Reste donc… non, non pas le velo…. Greyhound. Un des mythes americains, ce qui ne tombe pas plus mal.
Depart ainsi vendredi soir de Washington, changement rapide a New York. Tout juste le temps d’apercevoir l’exact oppose, ou presque, de ce qu’est la ville washingtonienne : des immeubles eleves, des lumieres, du bruit, et une foule de gens presses, des gens, des gens.
Le bus etant quasi-vide, nous avions pu nous installer le moins inconfortablement possible pour la nuit – reste bien sur les arrets reguliers aux villes intermediaires, la lumiere brutalement allumee, l’appel du chauffeur de bus.
.. Ah, parlons-en de ce chauffeur de bus. Jeune et semble-t-il sympathique, ou est-il aujourd’hui ? In jail ? Homeless ? On the dole ? (bien que l’on puisse douter de l’existence d’indemnites sociales pour son cas et dans ce pays)
A six heures du matin en effet nous voyons monter a bord un ranger, chapeau et veste kaki, chewing gum au bec, ou presque.
- Guys, you want to come out of this bus, the driver is going to come with me.
- ….?
- Guys, nothing’s wrong, you’re going to stay here, there’s a cafeteria just over there, someone is going to pick you up.
- ….


Maugreant, nous eveillant tant bien que mal, protestant sans succes, nous sommes installes dans la “cafeteria” d’une station service, au beau milieu d’une foret semble-t-il immense, sur une route semble-t-il desertee. Pas de reseau telephonique, cinq clients accoudes au comptoir : nous voila soudain projetes dans l’Amerique profonde.
Un cafe plus tard – ah, mon premier vrai cafe americain, tout a fait imbuvable – une serveuse reveche, quelques œufs brouilles et des toasts, nous voila en etant de conjecturer et de nous inquieter. La seule explication que nous aurons jamais est que « the driving license was expired, nothing’s wrong, don’t worry », ce qui parait a la fois peu et beaucoup. Faut-il ajouter que vers 3h du matin le meme chauffeur avait brule un feu (« run a light », on acquiere du vocabulaire) et quasi-embouti un SAV et une voiture qui arrivait sur le carrefour ? There’s something definitely dodgy there.
3h d’attente plus tard, enfin un nouveau bus, un chauffeur a qui il a fallu expliquer ce qui etait arrive et qui ne voulait pas nous croire, enfin une heure perdue a montreal le temps que le « baggage boy » de service ce jour la nous persuade que le manager aupres de qui nous voulions si desesperement nous plaindre etait bien en vacances, et qu’il nous donne une adresses pour la reclamation.
Curieusement, ou sans doute pouvait-on s’y attendre, nous avions reussi a etre de quasi-bonne humeur tant que le groupe etait reste ensemble – des canadiens, americains, des voyageurs de passage pour quelques heures a montreal avant de retourner aux etats-unis (qui pour un tournage, qui pour un demmenagement…), des locaux de retour de vacance – mais voila que, a peine partis chacun de notre cote, l’enervement et la fatigue prennent le dessus… we hate them, we hate greyhound, we hate montreal !


Ok, quelques minutes d’exasperation et une douche a l’hotel plus tard, je peux emerger et tenter de retrouver le groupe en goguette dans les rues de la ville.
Rendez-vous est pris pour le debut d’apres-midi au biodome, sorte de zoo sous bulle. Clemence est bien la, semble bien plus alerte que moi, une quarantaine d’autres jeunes, cinq profs du lycee – ah non, pas d’anciens profs, mais quelques visages connus.
Clem etant decidemment en forme, j’ai ensuite opte pour le chocolat chaud tandis que les jeunes allaient faire des glissades - mais surtout nous avons pu passer un veritable apres-midi ensemble, ce qui n’avait pas du arriver depuis…. dix ans ? quinze ans ?






Le recit deja long jusque la meriterait une conclusion heureuse « et elles repartirent aisément chacune de leur cote », helas l’adversite des voyages a encore frappe.
A sept heures du matin dimanche, on nous apprend que tous les bus sont annules, tempete de neige historique sur New York et sur tout le nord-est des etats-unis. Difficile a concevoir quand le temps est si beau au Canada.
Ayant toute la journee pour voyager, je me suis dirigee vers le train (quotidien) pour les Etats-Unis, qui rejoint NY en neuf heures, puis en quatre heures pour la maison.
Le premier retard nous vient des douaniers, sans doute s’ennuyaient-ils bien en cette gare deserte, et sans doute le pays est-il devenu bien suspicieux aussi? Nous avons ete arretes deux heures sur les voies, pendant que certain voyageurs etaient emmenes et rejetes au Canada: italiens sans visa, personnes interdites de sejour, que sais-je encore ?, tous de dangereux criminels en puissance of course.
Le paysage est quelconque et devient vite insupportable – je vous laisse essayer de fixer cette photo pendant deux heures.

Le train reparti les choses se sont arrangees : des lacs, des arbres, des rochers, des plaques de neige, l’ensemble est plutot esthetique. Ce n’est que tres tardivement que nous rencontrons la vraie neige, pour le coup les plateformes du train se remplissent de glace et de poudreuse, brrrr.
And the trains were running late, of course.
L’arrivee a Washington a 2h30 lundi matin conclut le week end, avec surtout un grand soulagement d’en avoir fini pour quelques jours avec les transports.

Wednesday, February 15, 2006

Un emprunt au Monde (chut....)

MAHMOUD DARWICH
« Arabes et musulmans ont le sentiment d'être poussés hors de l'Histoire »
Article paru dans l'édition du 12.02.06
Des caricatures de Mahomet au triomphe électoral du Hamas dans les territoires palestiniens, le plus grand poète palestinien vivant, chantre de l'exil de son peuple, passe l'actualité en revue. Il estime que le monde arabo-musulman n'échappera pas à l'expansion islamiste. « Le prix à payer pour cette phase historique sera très cher », dit-il



La poussée du Hamas en Palestine s'inscrit-elle dans un environnement général qui voit les islamistes progresser dans l'espace arabo-musulman ? C'est une évidence : la Palestine ne peut être une île dans un océan de progression de l'islam politique. S'il y avait des élections libres dans le monde arabo-musulman, les islamistes l'emporteraient partout, c'est aussi simple que cela ! C'est un monde qui vit profondément dans le sentiment de l'injustice, dont il rend responsable l'Occident. Lequel répond par une forme d'« intégrisme » impérial qui renforce le sentiment d'injustice. Dans cet espace, on a affaire à des identités blessées.
Quelle est la nature de cette blessure ? Arabes et musulmans, confrontés à un « despotisme universel » américain et à des despotes locaux, ne savent plus où ils se situent. De plus, la richesse s'étale sur tous les écrans, qu'ils comparent à leur misère. Ils ont le sentiment d'être poussés hors de l'Histoire. Résultat : ils se rétractent sur leurs constantes historiques - une attitude par définition passéiste. Ces blessures se gangrènent. Or les repères sont perdus. Nationalisme et tiers-mondisme, socialisme et communisme ont tous failli. Il ne reste pas même la prééminence du droit, puisque dans leur zone le droit international n'a pas cours. Israël s'y soustrait depuis si longtemps sans que rien ne se passe.
Ils pourraient choisir la démocratie...
Je n'ai pas de réponse évidente à ce déficit. Les gens ont peut-être besoin de solutions simples à leur désarroi, que la religion apporte. Or la démocratie n'est pas simple, elle induit le pluralisme, la complexité. Je crois que, malheureusement, aucun pays arabe n'échappera à l'expérience islamiste. Le monde arabe n'est plus celui des années 1950-1960. L'Amérique non plus. Là-bas aussi, de plus en plus de gens se tournent vers les réponses inadéquates de la religion. Le manichéisme de la pensée s'accompagne d'une islamophobie qui suscite des réactions très violentes dans le monde musulman.
A ce sujet, que pensez-vous de l'affaire des caricatures de Mahomet ? C'est une folie qui m'emplit d'affliction. D'abord, la caricature de Mahomet avec une bombe à la place du turban est insultante. La liberté de la presse doit être défendue, mais pas le droit à l'insulte. On ne peut impunément offenser les croyances des autres. En France, la presse est libre. Mais vous avez des lois qui punissent l'expression publique du racisme. Dans l'atmosphère internationale étouffante où nous vivons, il faut respecter le refus des musulmans de voir représenter l'image du Prophète. En même temps, le problème est que l'opinion arabe et musulmane ne fait aucune différence entre les peuples, leur diversité et les gouvernements. Elle considère tout « en bloc ». Arguer d'un dessin pour brûler des ambassades est une folie. De part et d'autre, des forces concourent à exacerber le choc des identités. Un jour, cela passera. C'est une période transitoire. En attendant, ces forces dominent.
On en a pour longtemps ?
Qui sait ? La moitié de l'humanité a cru au socialisme. Qui aurait imaginé que cet « avenir radieux » s'effondre en un jour après soixante-dix ans ? Le monde arabo-musulman aujourd'hui est en pleine expansion islamiste, et le prix qu'il aura à payer pour cette phase historique sera très cher. Partout, déception et colère dominent, les gens régressent. Les islamistes radicaux deviennent de plus en plus dominants. En même temps, je suis effaré de l'ignorance générale en Occident vis-à-vis de l'islam politique. Il y a toutes sortes d'islamistes. Les salafistes et le Hamas, pour prendre un exemple, sont très différents. Le Hamas est d'abord un mouvement nationaliste fondé sur une vision religieuse. Mais l'Occident, lui aussi, tend à ne voir l'islam politique qu'en « bloc ».
Maintenant, vous, le poète de la diversité et de la convivialité, vous vous retrouvez avec le Hamas au pouvoir...
D'abord, reconnaissons qu'un changement de régime a très démocratiquement eu lieu. Pour les moeurs politiques de la société palestinienne, c'est positif. Cela étant, Israël porte une responsabilité majeure. Il a installé un climat de délégitimation de l'Autorité palestinienne qui a pavé la voie au Hamas. Ajoutée à sa politique, qui rend le quotidien palestinien invivable, l'incurie de l'Autorité a contribué à créer une ambiance délétère. Cela a poussé beaucoup de gens à penser : « Pourquoi ne pas essayer une autre voie ? Ça ne pourra pas être pire. » Le vote Hamas a été plus protestataire qu'uniquement religieux. Maintenant, nous allons devoir vivre avec cette expérience. Mais je ne peux cacher mes inquiétudes. Des dirigeants du Hamas ont déclaré vouloir « remodeler la société sur une base isla mique ». Quand on défend une Palestine plurielle et laïque, on ne peut que craindre pour les droits des femmes, pour les jeunes et les libertés individuelles. Sans oublier la composante chrétienne. J'espère que le Hamas composera et respectera la base qui l'a mené au pouvoir, dont, je le répète, les motivations étaient essentiellement protestataires.
Comment analysez-vous le regard des gouvernants israéliens sur le Hamas ?
Le problème essentiel de l'histoire du sionisme est qu'il a essayé d'éluder la réalité du terrain. Dès le départ, il savait que son slogan « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » était erroné. Il y avait un peuple sur cette terre. Alors il a fait comme s'il n'existait pas ou ne comptait pas. Et ça continue. Des décennies, les Israéliens ont nié l'existence d'un mouvement national palestinien. Ils disaient que l'OLP n'était qu'une « organisation terroriste ». Un jour, ils ont dû la reconnaître. Aujourd'hui, ils disent : « Pas question de négocier avec le Hamas. » Ils finiront par le faire, comme ils l'ont fait avec l'OLP.
Qu'est-ce qui pourrait les amener à négocier ?
La réalité ! Le soleil, dit-on, est plus puissant que les ailes des corbeaux qui couvrent l'horizon. Récuser le Hamas, c'est nier le résultat d'une élection libre. Cela ne sert à rien. A la fin, la réalité est toujours plus forte que le déni. Quand l'Intifada a éclaté, les Israéliens ont décrété qu'ils n'avaient « pas de partenaire ». Or seul Yasser Arafat pouvait faire admettre au peuple des concessions. Mais ils n'ont eu de cesse de le réduire à rien. Quand Mahmoud Abbas lui a succédé, eux et les Américains lui ont fait des mamours. Mais, politiquement, ils n'ont rien négocié. Ainsi, ils l'ont discrédité à son tour aux yeux de sa population. Ils croient toujours pouvoir mener une politique unilatérale. Résultat : ils ont le Hamas en face d'eux.
Dans un premier temps, cela servira de justification à leur unilatéralisme. Mais s'ils cherchent à garder leurs blocs de colonies et à nous accorder « généreusement » quelques bantoustans, cela veut dire qu'ils ne veulent pas la paix. Et cela ne marchera pas. Jusqu'à ce que la réalité s'impose à eux : la seule voie, c'est d'en finir complètement avec l'occupation.
Vous croyez que les Israéliens ne veulent pas la paix ? Le problème est qu'ils ne veulent ni d'un Etat binational, ni d'une Palestine indépendante. Quand tous les Etats de la Ligue arabe, en 2002, ont proposé un retrait aux frontières de 1967 en contrepartie d'une reconnaissance générale d'Israël, ils ont fait comme si cette proposition n'existait pas. Aujourd'hui, sur le territoire de la Palestine mandataire, il y a deux réalités : l'une juive israélienne, l'autre arabe palestinienne. Aucune ne peut éradiquer l'autre. La seule solution est que les deux parties reconnaissent cette double réalité. Ensuite, que chacun écrive son histoire comme il l'entend ! L'histoire n'intéresse que les historiens ou les romanciers. Moi, c'est le présent qui m'intéresse. Or il se noie dans la tragédie.
La société israélienne n'a pas suffisamment pris la mesure de la concession historique que lui ont faite les Palestiniens, les spoliés. Ni pris conscience de l'importance, pour la victime, de voir son agresseur reconnaître sa part. Les Israéliens ont l'habitude de dire que les Palestiniens « ne ratent jamais l'occasion de rater une occasion ». La réalité est inverse. Après Oslo, ils avaient une occasion exceptionnelle. L'OLP et tout le monde arabe auraient mis fin au conflit s'ils avaient compris que les Palestiniens n'ont rien d'autre à « concéder » que leur reconnaissance, et qu'eux doivent, en contrepartie, se retirer des territoires conquis sans barguigner et admettre l'émergence d'un Etat palestinien. Maintenant, il sera bien moins facile à Israël d'aboutir avec le Hamas. Un riche qui se complaît de la misère de son voisin est un idiot, car il ne se sentira jamais en sécurité. La seule sécurité d'Israël, c'est que son voisin vive décemment et dans la dignité.
Vous avez accepté le jeu d'une interview politique. Pourtant, on vous sent réticent à aborder ces questions. Parce que je vis dans la perplexité. Je ne refuse pas de parler de politique, mais je refuse toutes les certitudes dans un présent si agité. Je ne suis pas certain de ma propre vision. La complexité, je l'intègre à mon travail de poète. Tout poète ou même tout écrivain du tiers-monde qui dirait « la société ou la politique ne m'intéressent pas » serait un salaud. Je ne suis pas salaud à ce point. Pour un Palestinien, la politique est existentielle. Mais la poésie est plus rusée, elle permet de circuler entre plusieurs probabilités. Elle est fondée sur la métaphore, la cadence et le souci de voir derrière les apparences. Mais les poètes ne conduisent pas le monde. Et c'est heureux : le désordre qu'ils y introduisent pourrait être pire que celui des politiciens.
Qu'y a-t-il derrière les apparences ?
La vie, donc les rêves et les illusions. Qui peut vivre sans espoir que le monde ira vers le meilleur, vers le beau ? La poésie ne peut exister sans l'illusion du changement possible. Elle humanise une histoire et un langage commun à tous les humains. Elle transgresse les frontières. Au fond, son seul véritable ennemi, c'est la haine.
Dans votre récent ouvrage paru en français, Ne t'excuse pas, vous écrivez : « Je suis ce que je serai demain. » Un vers étonnant venant d'un poète qui récuse l'immuabilité. Au contraire. Le présent nous étouffe et déchire les identités. C'est pourquoi je ne trouverai mon moi véritable que demain, lorsque je pourrai dire et écrire autre chose. L'identité n'est pas un héritage, mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment. Et nous ne la connaîtrons que demain. Mon identité est plurielle, diverse. Aujourd'hui, je suis absent, demain je serai présent. J'essaie d'élever l'espoir comme on élève un enfant. Pour être ce que je veux, et non ce que l'on veut que je sois.
Propos recueillis par Sylvain Cypel

El loura el arabiyya

Sabah el khir, Sabah el foul, Sabah el nour,
Izayyekum, ya asdiaqati ? We al aoulad ? We al raina ?
El yaum Ana sahida jiddan liannani Adrusu el loura el arabiyya min jadid ! Hada sahba, mundu sanawataini lam afhul chaian, bal al an "kullu kways" !!
Je n'ose proposer de traduction a ce texte, et n'hesiterai pas d'ailleurs a vous demander de ne pas essayer d'y trouver un sens: apres deux annees d'interruption, la reprise est difficile. - les compagnons de route peuvent toutefois s'y risquer, leurs competences n'etant pas si differentes de la mienne, les insuffisances flagrantes seront excusees.
Avant tout, comme vous l'aurez compris, la Banque offre de belles opportunites de formation en interne, dont les langues etrangeres. Mon manager est tunisien, obtenir son aval fut l'affaire d'un instant. Voici donc que deux heures par semaine je vais retrouver les
كُتُبِيّ, جَرِيدَة, أُمَّة عَرَبِيّ ... pour les connaisseurs sans doute, fort heureusement, plus de textes sur la poesie ante-islamique, mais a quand a de nouvelles traductions de Mahmoud Darwich ?
Si la poesir arabe en arabe n'est pas votre passe-temps prefere, vous pouvez egalement lire le texte de son interview recente avec Le Monde.

Monday, February 6, 2006

AWS = RTT ?

Nous vivons dans un monde de sigles, ceci tout particulierement dans le monde des II - IBRD, IDA, EU et autres FAO, UN, ADB, IWMI, etc. Chacune de ces institutions ayant eu l'occasion de développer son propre langage, il faut apprendre, comprendre, apprecier et enfin utiliser avec discernement ces barbarismes.
Aujourd’hui donc, un sigle pour vous, peut-etre le plus agréable de ce nouveau monde, et qui sonne a peu pres aussi mal qu’en francais – prononcez « ey – double you – sss » pour voir un peu. AWS veut dire « alternative working schedule », soit encore 80 heures de travail sur neuf jour ouvres, et le dixième libre, soit encore un vendredi sur deux de vacances.
Ceci n’est pas américain, bien entendu. La nouvelle rassurante est que de tres nombreux employes, bien qu’au regime AWS, perdent leur vendredi de conge compte-tenu de leur surcharge de travail. D’un point de vue tout a fait oppose, la nouvelle rassurante est que, justement, le reseau ou je travaille - bien qu’apprecie par les pairs, notez - est beaucoup moins surcharge de travail et se trouve deserte les vendredis.
Et voila comment j'ai pu profiter d'un long week end.. scandaleux, certes, mais si agreable !

An American Acronym - DMV

Le permis de conduire est aux Etats-Unis un sesame indispensable – preuve d’identite federale a defaut d’autre document inter-Etats, et faut-il y voir un sacrifice au dieu voiture ? Vendredi matin, donc, expedition au DMV - "District of motor vehicles" - pour tenter d’obtenir un permis americain.
Au préalable, internet indiquait quelle pouvait etre la documentation utile : permis francais, passeport, numero de securite sociale, demande dument remplie, lettre de verification d’emploi contresignee par le departement d’etat americain (expliquant que je ne peux tout de meme pretendre a un permis diplomatique, sic), justificatif d’hebergement de la part de Jean, son permis de conduire, le bail, un statement de la banque, bref le grand jeu autant qu’il m’etait possible.
La premiere etape se passe bien, peu d’attente, quelques jokes du préposé aux papiers, malheureusement assez incompréhensible. Il se fait toutefois suffisamment comprendre pour indiquer qu’il faut passer à la deuxième étape, le « driving test ». Surprise ! Sans avoir le temps de protester, s’etonner, demander un délai, nous voici donc face à un ordinateur : le test est composé de 20 questions en mode QCM. De la même manière qu’avec un logiciel d’entrainement au code, on saura d’une page à l’autre si on a répondu correctement ou pas – le nombre minimum de points a obtenir n’est d’ailleurs pas indiqué, sans doute les autres participants sont-ils mieux avertis de cet aspect la des choses.
Voici donc un extrait de ce questionnaire soumis a votre sagacite - vous comprendrez que les questions aient ete memorisables.
You are driving on a 2*2 lanes road. You are on your left lane, and in the car in front of you stops and indicates it is ready to turn left into a street. What do you do ?
A – you stop behind the car and you blow your horn to make it move faster
B – you pass by the car on the left
C – you pass by the car on the right, after having check that there were no incoming vehicles
You are arriving at the crossroad, and the light turns orange. What do you do ?
A – you speed up to make it before it turns red
B – you stop at the light
C – you slow down and cross the crossroad carefully
You are parked on the side of a street, and you are ready to drive away. What do you do ?
A – You carefully check that there are no incoming cars, put your indicator, and make your way on the street
B - You blow your horn and move to the street
C – You put your indicator and move to the street
How many days do you have to notify DMV of a change in your address ?
A – 5 days
B – 10 days
C – 15 days
You have just parked. How do you stop your car ?
A – you lock it
B – you turn off the engine, pull the hand break, take the ignition key out, step out and lock the car.
C – you take the ignition key out
Vous aurez remarqué qu’un intrus se loge au sein de ces questions, on admettra qu’environ un quart des questions sont de la même difficulté, donc peu ou prou du ressort du hasard… et on voudra bien admettre egalement que, en tant que francaise et conductrice de velo, parmi celless-ci je range la question suivante :
What is the speed limit within DC ?
A – 25 miles per hour
B – 30 miles per hour
C – 35 miles per hour
Le score ? 5 erreurs, examen reussi et les felicitations de l’examinatrice, ce qui n’est pas le moindre de l’inattendu.
Malheureusement l’histoire ne s’arrete pas la : le bail etant considere comme trop ancien, puisque superieur à 12 mois, notre preuve de domicile n’est pas valable - some more paperwork to tackle with....

Thursday, February 2, 2006

Toujours avec le decalage horaire - bonne annee du chien de feu !
Avec une illustration d'Herve en prime.

BLAFF de poisson

Vous avez bien lu, il s’agit non pas d’une onomatopée curieuse ou de la chute d’une piètre plaisanterie, mais d’un « blaff de poisson », comme « blaff de thon », « blaff de colin », et dans notre cas « catfish blaff ».
Je devais en effet recevoir hier au soir mes anciens colocataires, les habitants de la République de Takoma. Laura étant quasi-végétarienne, l’idéal aurait été un plat de poisson innovant, qui accepterait par exemple des yams (patates douces) en accompagnement – la famille vous expliquera que nous sommes dans un cycle-yamesque de cuisine.
De nombreux sites internet proposent la recette du fameux
blaff antillais. Pas de consensus sur la méthode à adopter, mais une cohérence certaine : marinade citronnée et pimentée puis légère cuisson en bouillon, , l'idee semble plaisante.
Un kg de poisson chat plus tard, six citrons, un oignon, six gousses d’ail, un piment, et coriandre, girofle, huile, sel, poivre : arrive dans l’assiette un poisson parfaitement cuit, ce qui en soit est déjà réjouissant, mais au goût… citronné.
Trop de citron tue le poisson ?
Autre chute a l'histoire : arrive un coup de telephone de Laura. Takoma est tombe malade, Takoma ne viendra pas.
Cuisine experimentale fait peur aux amis ?