Deja une semaine que je suis installée a la maison ! Installation au milieu des valises, installation en devenir et incomplète, mais installation tout de même !
Takoma Park était un bel endroit, la maison accueillante et vivante, les colocataires très sympathiques, le quartier charmant, le Coop parfait magasin… mais, mais, indéniablement trop lointain.
Une de mes premières quêtes, et une exigeante, pour les débuts à Washington, a donc été la recherche d’un logement en ville. Logement en colocation, pour partager les coûts et profiter de la présence de colocataires, logement agréable, pas trop onéreux, bien situé, calme. Pour cela, une arme : craiglist, site internet d'annonces de particuliers, tous sujets, toutes régions. Merveilleux outil, si l’on ne tient pas compte d’une loi de marché en déséquilibre – lorsque la demande dépasse l’offre, ami consommateur, soit féroce ! - La rime est faible et n’allez pas y chercher grand sens.
Les jeunes professionnels à la recherche du logement idéal sont en effet nombreux.
Le premier appartement visité fut un ‘two bedroom basement with a law student’. Le basement est un logement en entresol, plus ou moins enterré, et extrêmement répandu en pays anglo-américain. L’idée ne parait pas extrêmement séduisante, mais pourquoi ne pas adopter les usages du pays ? Il s’agissait cependant pour le coup d’un véritable basement, avec chambre libre au cœur de l’appartement, et sans fenêtre. L’idée d’y vivre m’a très vite abandonnée. Les chambres de bonne ont cet avantage de la lumière et de la vue, en général.
Le lendemain, il s’agissait de rencontrer deux jeunes américains sympathiques – toutefois très fascinés par l’écran de télévision géant qui remplissait le salon (mauvais augure ?) et habitant au-delà de Columbia heights, ce qui rendait la maison à la fois un peu excentrée et sans garantie de sécurité. D’après les connaisseurs, la conquête du centre-ville par les classes supérieures s’opère en effet d’ouest en est, et du sud vers le nord – ceci pour les quartiers Nord-Ouest s’entend.
Un temps d’arrêt et d’orientation s’impose. Ainsi, si l’on considère les rues près de chez moi, la zone de transition aurait avancé de la 16ème rue à la 14ème rue au cours des cinq dernières années. On vous expliquera que les quartiers au-delà sont très habitables, à condition de savoir quelles rues emprunter pour vous rendre à destination. Bref, ceci paraissait un peu compliqué et peu propice.
Pour les troisième, cinquième et sixième visites, prenez une dose d’open house et beaucoup de courage. L’open house semble être un principe bien institutionnalisé de la vie américaine – transparence, efficacité, gain de temps, maux de tête, compétition et compétitivité au plus haut point. Le principe en est simple : une heure, une adresse. Les colocataires sont présents, et les prospecteurs s’avancent dans l’arène. Après un rapide tour de la maison, on est conduit au salon. Il s’agit là de faire connaissance avec les occupants, de voir rapidement si les caractères sont compatibles, et surtout de se faire remarquer, en bien. Les groupes gravitent autour des locataires, tachant d’attirer leur attention, de séduire un juge après l’autre, car il s’agira d’être adopté par tous. Avouons qu’au-delà de la profonde lassitude engendrée par la système, on y trouve quand même quelques bons cotes : l’ambiance est souvent sympathique, les quêteurs à défaut de sympathiser avec les habitants font connaissance entre eux, enfin les maisons visitées sont en général des group houses agréables de taille conséquente – quatre chambres, deux living room, parfois un sun deck avec vue pour les barbecues estivaux.
Le principe d’habitation à Washington semble en effet être d’un prix marginal à décroissance rapide, ce qui plaira aux économistes : des prix très élevés pour des appartements de petite taille –plus chers que Paris ?-, augmentant de plus en plus lentement pour aboutir a des prix très raisonnables dans les anciennes maisons de ville.
Une fois sa patience épuisée, lorsque l’on décide de partir de l’open house, il s’agit enfin de laisser ses coordonnées accompagnées d’un tag ‘how to remember me’ : blonde curly hair, salsa dancer, funny californian guy, french, great hamburger cook… vous aurez deviné ou je me situe. Les locataires auront ensuite quelques jours de répit avant de négocier entre eux le nom de l’élu(e).
La quatrième visite, bien que d’une grande group house, fut par contraste un moment très rafraîchissant. Les colocataires se sont donnés pour règle de consacrer un temps certain à recevoir les candidats, au prix du sacrifice de quelques unes de leurs soirées. Le groupe est, contrairement aux autres maisons visitées, porté sur l’international, avec un locataire turc et une consultante de la BM (si, si), amateur de dîners collectifs et de cuisine, fumeur de narguilé, sympathique. Bien que nous n’habitions pas ensemble finalement, des contacts sont pris pour quelques dinner-parties entre quasi-voisins.
Last but not least, 2614 university place. Il aurait pu m’apparaître à la lecture de l’annonce que je savais dans quel cadre j’allais arriver : une mexicaine, une américaine, toutes deux consultantes dans le développement.
Voici donc Jean, consultante à la BM , et Gabriella, à la Banque Inter-Américaine de Développement. Leur colocataire partante, Karen, française et travaillant à la BM. Les auspices semblaient donc assez bons. Les filles sont très sympathiques, la maison est agréable et assez bien placée - 15-20 min a velo du travail, un peu plus en bus, le loyer raisonnable, la chambre vacante contient déjà un lit et un bureau.. Well, sounds like a deal !
Reprenons au passage notre cours d’orientation dans la ville. Observez la fleche ( ?) et deplacez –vous vers le bas : elle est à quelques kilomètres au nord de la Maison Blanche. Sur la route et à l’Ouest, en zoomant, a l’intersection de Q street et Massachusetts avenue, le quartier de Dupont circle, relativement habité et animé. Un peu plus au Nord (18ème rue entre Florida avenue et Columbia road) : Adams Morgan, le quartier nocturne, restaurants et bars. Encore plus au Nord, le quartier latino de Mount pleasant : espagnol aux devantures, aux menus des fast-food, et dans les conversations. Si l’on revient vers University place, pour une fois centre de l’attention, des quartiers résidentiels, maisons plus cossues au Sud, quartiers en transition au Nord et a l’Est.
Voila, vous en savez a peu près autant que moi !
Ah, j’en oubliais Georgetown, tout à fait à l’ouest de Dupont circle, charmant et gentrifié.
Le déménagement de Takoma clot ce chapitre, avec quelques regrets pour la maison et le quartier. Toujours soixante kilos de bagages, un taxi haïtien, francophone et sympathique… me voilà à DC !

Une photo de la chambre a Takoma